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Le château de Chonas

Le château est d’origine médiévale et a été inscrit le 12 juillet 2000 à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques (château, dépendances, terrasses, jardin, parc et murs de clôture) à l’instigation de M. et Mme Gourtenay, alors propriétaires des lieux ; en 2005, il a été réhabilité en logements après son acquisition par la SOGIMM S.A.

Le château, ses dépendances et son parc s’étendent sur près de 2 ha (19 300 m2) et la surface habitable aménagée est d’environ 3 000 m2.



Vue aérienne

Ce château, au Moyen Age, était un château-forteresse entièrement clos de murailles, puis devint résidence d’agrément au XV° siècle – le château lui-même, de style Renaissance, bâti en L autour de la cour d’honneur -, redevint défensif au moment des guerres de religion au XVI° siècle, pour connaître ensuite plusieurs campagnes de restauration et d’aménagements qui ont successivement laissé des traces.

Les murailles, flanquées d’échauguettes (guérites de guet placées en surplomb,… qui ont perdu leur poivrière), remontent aux XI° et XIII° siècles ; côté rue (chemin de l’église, qui longe l’enceinte du château depuis la place des écoles jusqu’au lavoir), la restauration laisse apparaître beaucoup de pierres, l’enduit est à base de lait de chaux (chaux en suspension dans l’eau) et teinté dans la masse avec des teintes naturelles, les ouvertures, rappelant les meurtrières aujourd’hui disparues, sont étroites et peu nombreuses ; côté intérieur, les communs, sur deux étages, abritaient à l’origine un casernement pouvant loger 500 hommes et des écuries pouvant tenir plus de 250 chevaux.


Ces parties sont devenues les dépendances (écuries, étables, laiterie, sellerie, appartement du jardinier…) dominées par le château et le parc.


Aujourd’hui, elles sont réhabilitées en appartements et locaux commerciaux. La restauration extérieure a particulièrement mis en valeur l’encadrement des ouvertures, plus nombreuses et plus importantes que du côté rue ; les chenaux sont en cuivre pour sauvegarder le cachet ancien.

L’allée est en pavés de Lyon et est frappée d’une servitude de passage qui, après différents aménagements dans les autres sections du circuit (prévus pour l’été 2007), permettra un cheminement piétonnier depuis la place des écoles vers la cure, l’allée des tilleuls jusqu’au chemin de Saint-Laurent.

L’aile du château qui surplombe l’allée, composée de deux salles principales avec des voûtes en croisée d’ogives, d’une chambre de service, d’une buanderie, d’un escalier de service et d’un four à pain intégré à une cheminée monumentale du XVI° siècle occupant toute la largeur de la cuisine, était réservée aux domestiques et aux cuisines.


Un peu d'histoire

 

  • On sait peu de choses sur l’origine du château, sinon que les murailles datent des XI° et XIII° siècles.
  • Au XII° siècle, Chonas fait partie de la terre d’Auberives.
  • En 1341, la terre d’Auberives est cédée par le Dauphin Humbert II à Jean de Chalon.
  • En 1349, le Dauphiné est vendu au roi de France ; le traité de Romans du 30 mars 1349 stipule son transfert immédiat à Charles, fils de Jean, duc de Normandie, et petit-fils du roi Philippe IV, moyennant la somme de 200 000 florins ; le Dauphiné sera désormais l’apanage traditionnel du fils aîné du roi qui porte depuis cette époque le titre de Dauphin.
  • En 1483, la terre d’Auberives est vendue à Philippe d’Arces.
  • En 1540, Christophe de Loras, Gentilhomme de la Maison du Roi, est Seigneur de Chonas (seigneurie qui valait alors 250 livres de revenus).
  • La terre d’Auberives passe à Hubert de Bastarnay.
  • En 1558, au Vicomte de Joyeuse.
  • Puis au Seigneur de Mures qui, le 18 septembre 1591, se distingue dans les rangs des armées du Lieutenant Général du Roi en remportant une victoire sur le Duc de Savoie à Pontcharra.
  • En 1595, Humbert de Bourellon prend possession de la terre d’Auberives pour 40 000 écus ; sa fille unique, Antoinette, Dame d’Auberives, Chonas et Mures, épouse en 1597 Charles de la Tour, Marquis de Gouvernet ; par cette alliance, le château reste, deux siècles durant, la propriété de la puissante famille de Gouvernet.
  • Par les femmes, il passe ensuite à la famille de Veynes qui le conserve jusqu’à la fin de la Révolution ; le Marquis de Veynes, dernier Seigneur de Chonas, allié aux Sires de Maugiron, le vend après la Révolution à des marchands de biens.
  • Il est racheté par la famille Denantes (ou de Nantes), fixée depuis plusieurs siècles en Dauphiné, comptant bon nombre de notaires, avocats au Parlement, guerriers et prêtres, qui le conserve jusqu’en 1988.
  • En 1990, le château est acquis par M. et Mme Regouffre.
  • En 1997, il devient la propriété de M. et Mme Gourtenay.
  • En 2002, il passe à la société SOGIMM qui en a assuré la restauration et la réhabilitation en logements en liaison avec un architecte des Monuments Historiques, avec un bureau d’études, après consultation des architectes des Bâtiments de France pour valider le projet et l’ensemble des produits utilisés.

La cour d’honneur du château est délimitée au Nord par le mur d’un jardin surélevé, le « jardin des prisons » ( ?), suivi de la glacière ; à l’Est, par un mur et un portail Renaissance (entrée principale).

La fontaine, le château et les pièces d’eau des terrasses sont alimentés par une source privée, avec système d’irrigation étagée.

Le château est construit en L autour de cette cour ; le bâti, construit entièrement sur caves voûtées, remonte probablement à la moitié du XV° siècle ; il comporte un rez-de-chaussée et deux étages avec une tour saillante entre les deux corps de bâtiment, abritant l’escalier monumental à vis, orné jadis en son sommet d’une pierre gravée à la date de mai 1447, sans doute descellée au XIX° siècle et qui se trouve actuellement sur la terrasse.

Cette façade était en bon état : tous les éléments sont d’origine, on a seulement remplacé quelques tronçons du cordon et procédé à un nettoyage de fond ; on y retrouve les caractéristiques du style Renaissance : fenêtres à meneaux et croisillons, avec des frontons triangulaires au-dessus des linteaux supportés par des jambages (ou piédroits) dont les appuis sont à motif de feuille d’acanthe, le tout en molasse (grès tendre et sableux), toiture en ardoise-écailles, hautes cheminées pré-Louis XIII.

L’enduit (toujours au lait de chaux), à pierres vues, laisse beaucoup moins apparaître les pierres que sur le mur de la rue et n’est pas uniforme, parti pris pour donner l’impression d’un vieil enduit dégradé ; il est teinté dans la masse avec des teintes naturelles (terre naturelle, vert et terre de Sienne), plus de la caséine pour coller. On remarque les grosses pierres d’angle, des traces d’ouvertures obturées et, sur la façade des cuisines, un emplacement peut-être destiné aux armoiries. Comme pour les dépendances, les chenaux sont en cuivre pour sauvegarder le cachet ancien.


 

L’intérieur du château a subi à travers les siècles divers aménagements et diverses campagnes de décoration dont il reste des traces à des degrés de conservation variables. La dernière réhabilitation a pris le parti de garder au maximum les revêtements de sol (tomettes en terre cuite, mosaïques…), d’adapter les matériaux aux pièces remarquables (parquets en chêne ou en bois noble), de conserver les plafonds à la française et de traiter les faux-plafonds en caisses étanches pour ne pas altérer la structure existante ; pour les matériaux comme le placoplâtre (isolation et coffrages), on a toujours utilisé un badigeon au lait de chaux (lasure des charpentes, peintures intérieures…). On a recherché toute fresque et peinture existantes : beaucoup de choses ont été trouvées, peu gardées visibles et le travail a été axé sur trois cheminées à décor :

 

  • la cheminée monumentale de la salle des gardes, au 1° étage de l’aile Est, salle qui mesurait 18,3 m de long et 9,4 m de large (soit 172 m2) avec un plafond surélevé d’1 m (soit 4,45 m) et qui a ultérieurement été sectionnée en trois espaces et un corridor.
  • dans la salle au-dessous (salle des vigies), une autre cheminée du XV° siècle qui a fait l’objet d’une restauration plus sommaire.
  • une troisième qui est dans un autre appartement et se trouvait, à l’origine, dans une pièce de réception de 60 m2 (un bureau d’officier supérieur, sans doute).

 

En ce qui concerne la décoration de ces cheminées, on est sûr d’une chose : c’est un travail à plusieurs mains, au moins deux apprentis et quelqu’un de plus performant ; pour les deux dernières, les dessins sont grossiers et on a procédé à une restauration lacunaire (quand le motif est illisible, il le reste) ; pour la première, on a utilisé un produit très éphémère qui, passé sur le décor, le rend assez visible pour prendre des photos, à la suite de quoi la frise ou la fresque tombe en poussière et est reconstituée à l’identique.

Le hall d’entrée comporte un plafond à la française, une mosaïque italienne du XIX° siècle avec un motif fleur de lisé et une porte à arcature (série de petites arcades imbriquées les unes dans les autres) de pierre sculptée d’époque Renaissance (influence du gothique flamboyant) menant à l’escalier monumental à vis, en calcaire dur, bien éclairé par des fenêtres à meneaux (volets intérieurs du XVIII° siècle, alors que les volets intérieurs des fenêtres de l’aile des cuisines sont du XV° siècle) donnant sur la cour d’honneur.

 

A l’extérieur de la cour, au-dessus du portail de l’entrée principale, se trouve inscrite la date de 1646, date probable de la fermeture de cette cour, et, au-dessus encore, la date de 1834, date de sa restauration.


La façade Est est flanquée au Sud-Est d’une tour bien conservée (mais qui a perdu sa poivrière) ; des restes d’arceaux entre les deux fenêtres portent à croire qu’il existait un autre bâtiment, peut-être une chapelle, qui a été retranché de l’édifice (des vitraux anciens, exposés durant de longues années dans la salle forte du rez-de-chaussée, puis vendus à un brocanteur lors de la vente du château en 1997, auraient pu en faire partie) ; d’ailleurs, l’apparente asymétrie de la salle des gardes (trois fenêtres au Sud et deux fenêtres au Nord) que l’on retrouve dans la façade Est de la cour d’honneur, associée à des traces à gauche de la porte au fronton triangulaire, suggèrerait la présence, à l’origine, d’un autre corps de bâtiment fermant la cour en C et non en L.

 


Au Nord, l’allée des tilleuls (allée cavalière) a été acquise (ainsi que la terrasse basse) pour un euro symbolique par la municipalité qui va l’aménager en chemin piétonnier et espace de promenade ; elle est perpendiculaire à l’allée des marronniers fermée par un portail monumental en ferronnerie, accès extérieur principal du château, doublé à gauche en entrant d’une petite porte, elle aussi en ferronnerie, par laquelle on accèdera à la terrasse basse lorsqu’elle aura été aménagée en espace public.

 

Devant la façade Sud, on peut apprécier la position dominante du château, commandant la plaine et la vallée de Reventin-Vaugris jusqu’à Auberives, avec une vue imprenable (zone non constructible) jusqu’aux premiers contreforts du Vercors.


Cette façade, qui se déploie sur 45 m, est constituée de deux bâtiments mitoyens très différents : la moitié Sud-Est est purement Renaissance, la moitié Sud-Ouest, de facture beaucoup plus sobre, fait penser à la fin du XVIII° siècle (c’est lors d’une restauration dans les années 1830 qu’une partie de la façade s’effondra, elle fut reconstruite, mais pas à l’identique, avec un toit en tuiles romanes).

La partie Renaissance, très endommagée, a dû être totalement restaurée ; six frontons, rognés à ras la façade, ont été remplacés ; les carrières de molasse locales étant fermées, on est allé chercher du grès des Vosges (carrières de chez Sebeler) ; pour une restitution la plus fidèle possible des frontons d’origine, des bouts de pierre restants ont permis de faire des croquis à l’échelle, ces croquis étant ensuite retouchés par l’architecte des Monuments de France ; il convient de remarquer la variété de ces frontons ; quant aux appuis des jambages, ils ont été taillés en usine, puis ramenés sur le site et encastrés dans le mur au moins de la valeur de ce que l’on voit, à la place des vieux appuis retirés à la façon d’un tiroir.

Sur cette façade, des portes-fenêtres donnent accès à la terrasse ; lors de la restauration de 1830 avec reconstruction de la façade Ouest, on rasa le colombier féodal (dont on ne connaît pas la localisation exacte) et on réaménagea les terrasses et le perron avec un escalier à double volée menant de la terrasse haute à la terrasse basse ; la date de 1833 est gravée sur la clef de l’arc en plein cintre sous le palier.

 

La terrasse haute garde trace des jardins à la française, plantés d’épicéas conicas et ornés de pièces d’eau ; au coin Ouest de cette terrasse se trouve la pierre gravée à la date de mai 1447 qui ornait jadis le sommet de l’escalier à vis, on peut y lire le nom de Christophe de Loras ; la terrasse basse, acquise par la municipalité pour un euro symbolique, sera aménagée en lieu de repos et en espace de découverte du site.


En conclusion, on peut dire que cet ensemble diversifié laisse une impression d’authenticité et témoigne de plusieurs siècles d’histoire ; la réhabilitation actuelle devrait permettre à ce patrimoine de continuer à vivre.