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Interview croisé

avec Nicolas (fromager) et Pascale (Pizzaiola) : Le marché, c’est un lieu de rencontres, une place centrale du village

D’habitude, c’est eux qui prennent de vos nouvelles en vous remettant un fromage ou une pizza. Eh bien cette fois-ci, nous sommes allés rendre visite à Nicolas et Pascale, les deux commerçants historiques du marché de Chonas l’Amballan du vendredi, sur la place du village. Interview croisé.

Pascale dans son camion, et Nicolas, un traditionnel vendredi soir de marché à Chonas.

Bonjour, pour commencer pouvez-vous vous présenter ?

Nicolas : Bonjour, donc je suis Nicolas, je suis le crémier / fromager du marché de Chonas depuis 2009, suite à ma reprise de l’affaire familiale, qui dure depuis 1927 et mes arrière-grands-parents ! Je suis né dedans disons. Je suis un vrai chonarin. Mes parents sont chonarins depuis les années 80. J’habite aujourd’hui au Péage de Roussillon, depuis peu, mais l’entreprise est toujours sur Chonas l’Amballan. Je suis ici à Chonas depuis tout petit, j’ai fait ma jeunesse ici, mon école primaire notamment.

Pascale : Bonjour. Je m’appelle Pascale, je suis mariée, j’ai deux enfants. Je vis à Chanas. J’ai repris l’affaire de camion-pizzas de mon mari en 1992. Il a eu une allergie à la farine (maladie professionnelle), et par nécessité, je suis donc devenue pizzaiola à temps plein et je me suis mise à faire les marchés. Auparavant, je faisais aussi les campings, ainsi que les devants de magasin. Mais je suis aujourd’hui présente uniquement sur les marchés et notamment celui de Chonas l’Amballan

Pouvez-vous nous parler de votre commerce ?

Pascale : Aujourd’hui, j’ai mon camion, et je fais les marchés du Péage-de-Roussillon, Roussillon, St Rambert, Chonas et Seyssuel, du mercredi matin au dimanche matin. Cela représente 3 jours entiers et 2 demi-journées. C’est avant tout ma passion, j’adore le commerce, le contact humain. J’adore parler, ça fait plaisir vraiment plaisir de voir les générations qui se succèdent et reviennent nous voir.
Les enfants de mes clients, qui reviennent plusieurs années plus tard, avec leurs enfants. C’est qu’on a été appréciés puisqu’ils se souvien-ent et viennent nous voir, c’est rassurant.

Nicolas : Effectivement il y a ce côté filiation de la clientèle au marché ! J’ai des anciens qui ont connu mes grands-parents, qui apprécient que l’affaire soit familiale et sont restés fidèles. Il y a un côté transmission. Aujourd’hui j’ai aussi beaucoup les enfants ou les petits-enfants de clients de mes parents. Pour ma part, je suis aussi en camion et je propose une large gamme de fromages et autres crèmes, avec des produits français avant tout, mais aussi italiens ou hollandais. Je travaille essentiellement avec des producteurs locaux et français, notamment à travers une coopérative à St Genis Laval.

Justement, ce côté circuit court, artisanat, produits locaux et qualité des matières premières, c’est forcément important ?

Pascale : Oui totalement, pour moi aussi c’est primordial d’avoir des fournisseurs locaux. Quand on a un bon produit, il faut éviter de changer. Les clients apprécient la qualité. Et quand on change, ils le remarquent tout de suite et ils ne sont pas contents ! Même un changement sur les olives, ils le savent tout de suite. C’est épatant !

Nicolas : Les clients aiment les incontournables. Il y a des lignes de conduite qu’on ne doit pas changer, que les clients apprécient trop. Par exemple, le comté, on ne l’a jamais changé depuis des dizaines d’années. C’est la Maison Arnaud qui nous fournit. Mes grands-parents, l’avaient. Mes parents l’avaient. Et évidemment moi aussi je l’ai et les clients en sont fous. C’est vraiment des gens qui viennent pour ça, pour l’assurance de la qualité.
C’est aussi le cas pour la Rigotte de Condrieu, on travaille avec des producteurs locaux depuis des années donc c’est vraiment recherché et apprécié par notre clientèle. Après bien sûr, on dose la nouveauté. On essaie d’apporter un peu de changement, de proposer de nouvelles choses, mais sans toucher à nos lignes de conduite.

Pascale : Je fabrique toutes mes pizzas. Je fais la pâte, je crée les pizzas. Je suis artisan à la base, pas commerçante, donc j’apprécie cet aspect fabrication. Comme je disais, on essaie d’avoir de la bonne marchandise, tant pis si je paye cher. C’est primordial. Et moi je ne suis pas radine sur la garniture des pizzas. Je fais en sorte d’avoir toujours des pizzas bien fournies, quitte à gagner un peu moins ! (rires)

Nicolas : Après voilà c’est exactement ça, si nos clients sont tant fidèles, comme on disait, c’est que la qualité est reconnue. C’est vraiment notre ligne de conduite, encore une fois.

Comment vous est venue l’idée de faire ce que vous faites?

Nicolas : Honnêtement, à la base, ce n’était pas forcément une certitude de reprendre l’affaire familiale. J’ai commencé ma vie active en tant que cuisinier. J’étais content, ça me plaisait. Mais depuis tout petit, j’ai aidé mes parents, au niveau des marchés, des achats etc... de leur fromagerie/ crémerie ambulante. L’aventure cuisine a pris un chemin que je ne souhaitais pas. J’ai eu l’opportunité de retravailler avec mes parents. J’ai passé quatre ans avec eux avant de décider de reprendre l’affaire familiale en 2009. Je suis revenu aux sources, ça s’est fait naturellement. Comme je connaissais déjà le métier, je me suis lancé !

Pascale : Pour rebondir sur ce que disait Nicolas, les enfants, mes deux filles, ont travaillé avec moi, elles m’aidaient. Le marché c’est aussi vraiment une histoire de famille. Ça a permis de leur apprendre le contact, le sens du commerce, ça donne la valeur de l’argent. C’était plaisant pour moi et pour elles. Puis elles avaient une petite récompense à la fin ! J’en ai une qui était très timide par exemple, et ça lui a appris à parler aux personnes, davantage. Moi la pizza, j’avais 20 ans quand on s’est mis à notre compte. J’étais assistante dentaire à la base. Mon mari, licencié, a repris une affaire de pizzas en 1987. Je l’aidais, puis il est tombé malade, j’ai repris l’affaire à mon tour en 1992, par obligation, disons. On a des métiers où il ne faut pas tomber malade. Les factures arrivaient, il fallait absolument reprendre l’entreprise. J’ai appris sur le tas. Conduire le camion. Se faire accepter sur le marché. Ça parait banal mais c’est essentiel. En 1992 c’était dur, d’être une femme sur un marché. Il y avait très peu de femmes seules sur le marché.

On avait des difficultés à se garer, à se faire respecter. J'avais 25 ans, c’était compliqué. C’était beaucoup plus la jungle qu’aujourd’hui. Les places étaient très prisées. Aujourd’hui c’est plus accessible, mais aussi car le marché est moins concurrentiel. C’est plus difficile de gagner sa vie en faisant les marchés de nos jours.
Comme toujours, la place du marché est bien occupée.

Pourquoi avoir choisi Chonas l’Amballan, et quelle est selon vous la force de ce marché ?

Pascale : Je ne connaissais pas Chonas initialement. C’est un collègue qui m’a invitée à venir ici, auparavant fleuriste sur le marché. Tous les habitants de tous les villages sont différents. Il y a un côté très intéressant de découvrir les différentes communes.

Nicolas : De mon côté, notre entreprise est historique à Chonas, donc notre présence sur le marché est naturelle. Le marché est un point de rencontres. C’est ce qui fait sa force. Pour les anciens, par exemple, c’est un moment important. On devient un peu proches, confidents. On connaît leurs habitudes. Il y a même plus de relationnel qu’avant peut-être. Globalement, nous avons aussi plus de discussions aussi sur les origines des produits, comment ils ont été faits, etc. Les clients cherchent plus à se renseigner. Avec internet, chacun aime se faire son idée et en savoir plus sur les produits. On est vraiment plus dans la discussion que juste acheter le bout de fromage. C’est vraiment plaisant.

Pascale : La force du marché de Chonas, c’est aussi nous ! (rires)

Nicolas : Oui, voilà, c’est la convivialité en fait globalement !

Pascale : C’est ça. C’est tout bête, mais si on n’était pas sympathiques, conviviaux etc., ça ne marcherait pas.

Nicolas : On se connaît un peu tous. C’est ce qui est important. Moi par exemple, on m’a connu plus jeune étant donné que je suis du coin, et j’ai d’ailleurs encore beau coup d’amis ici. Les gens aiment prendre des nouvelles, voir comment j’ai évolué, me poser des questions sur comment je vais etc. Et bien sûr je fais de même !

Pascale : De toute façon, le marché de Cho nas, c’est avant tout un point de rencontres. Les gens se croisent, et apprécient cela. C’est une place centrale du village. Puis c’est un très bon marché, qui a du succès. Comme on disait, il y a la qualité bien sûr, le bon produit, mais aussi ce côté relationnel essentiel. Il faut savoir que quand on a, nous, des problèmes, on les laisse chez nous. On est aussi avant tout une occasion de discuter, une oreille attentive et un sourire . Les clients apprécient cela.

On peut parfois se déplacer, livrer pour nos clients qui peuvent avoir à un moment des problèmes pour bouger. On s’arrange entre nous, on essaie d’aider les clients dans la mesure du possible. C’est la proximité !

Nicolas : Après il y a aussi notre capacité d’adaptation. Car on doit s’adapter constam- ment. Pascale et moi, depuis des années par exemple, nous permettons le paiement par carte bleue, le sans contact et les tickets restos.

Pascale : Et cette adaptation passe aussi par le choix. Le client veut du choix, car il aime changer. Et là encore, ça nécessite de l’écoute.

Qu’est-ce que le Covid-19 a changé pour vous?

Nicolas : Forcément beaucoup de choses ! On s’est beaucoup tournés vers nous au début. On avait la proximité, le plein air. On était presque des messies.

Pascale : Oui c’est sûr. Déjà cela a apporté dans l’immédiat une nouvelle clientèle. Des gens qui par obligation ont dû se remettre au commerce de proximité avec les limitations de déplacement

Nicolas : Tout à fait. Puis il y a eu au départ une vraie bienveillance des gens, notam- ment de cette clientèle un peu nouvelle., qui nous a beaucoup remerciés d’être là, de proposer notre service, même en temps de crise sanitaire grave.

Pascale : Après ça a un peu disparu forcé ment. Et cette clientèle qui nous a beaucoup remerciés est repartie vers les grandes surfaces. Même si on en a aussi gardé, mais cela reste négligeable. C’est un peu dommage je trouve, mais c’est ainsi.

Après, moi, je tiens aussi à féliciter les gens plus globalement, pour tout ce qui est gestes barrières et précautions. Les communes, et notamment Chonas, ont joué le jeu déjà, en nous encou- rageant à continuer, en mettant tout en place pour venir faire son marché en toute sécurité sanitaire. Et comme je disais, très franchement, je suis admirative des clients, qui font beaucoup attention, mettent leurs masques, gardent de la distanciation sociale etc... On a senti que les gens n’étaient pas bien.. Qu’il y avait du mal-être. Notre capacité d’écoute devient encore plus importante. Mais malgré tout ils se montrent forts !

Nicolas : Oui je suis tout à fait d’accord. Très franchement je trouve que publiquement, notamment dans les médias et sur les réseaux sociaux, on a beaucoup tapé sur les français, alors que la très grande majorité respecte les règles et permet le bon fonction- nement de la société, et notamment de nos marchés. On est vraiment étonné de voir à quel point ça se passe très bien sur nos marchés et en particulier celui de Chonas l’Amballan.

« Rendez-leur visite ! »

Nicolas le fromager : chaque vendredi soir, de 17h à 20h, sur la place du village.
Pour toute information, joignez-le au
0632893499

Pascale la pizzaiola : chaque mercredi et vendredi soir sur la place du village, à partir de 17h
Pour toute information, joignez-la au 0680718104